mercredi 28 juin 2017

[Avis] Tôt, un matin de Virginia Baily



La 4e de couverture laisse supposer que nous allons lire un roman sur la Seconde Guerre mondiale en Italie, plus particulièrement à Rome, mais ce n’est qu’un tout petit pan de ce livre. 
C’est surtout un roman sur la quête d’identité paternelle, sur l’amour qu’une mère porte à son enfant, sur le pardon.
J’ai malgré tout aimé ce roman même si je m’attendais à autre chose.

1943, Chiara, résistante à Rome se rend au café de son ami Gennaro, là où ils impriment, et distribuent des tracts pour la résistance, mais ce matin-là rien n’est comme d’habitude au cœur du ghetto juif, les soldats allemands sont partout, c’est la rafle semblable à celle du Vel d’Hiv à Paris.
Chiara assiste, comme tant d’autres italiens, impuissante face à cette injustice. 
Une mère dans un camion accroche son regard, elle lui montre son fils, Chiara sans prendre le temps de réfléchir se précipite et fait passer pour erreur l’enfant dans le camion, c’est son neveu dira-t-elle au soldat.
Ce passage m’a profondément émue, comment une mère peut-elle avoir la force de donner son enfant à une inconnue pour le sauver....

Ensuite, place à l’intrigue principale du livre : Daniele Levi, ce petit garçon de 7 ans que Chiara a recueilli.
Elle l’aime comme son propre fils, elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour le protéger de la guerre, allant jusqu’à abandonner une partie de sa famille.
Chiara est une jeune femme pleine d’amour, elle s’occupe de sa sœur plus âgée, mais handicapée mentale en abandonnant toute vie sociale possible. 
Elle les emmène tous deux chez sa nona, dans la campagne romaine espérant que l’enfant sorte de son mutisme.
Il a été profondément marqué et on le serait à moins.
Que comprend y-il du haut de ses 7 ans, ils se retrouvent au milieu d’étranger qui ne pratiquent pas la même religion que lui et qui ne peuvent rien lui révéler sur ses parents ne les connaissant pas, il n’a pour lui que son nom de famille, aucun souvenir, aucun objet, pas de photo.

On bascule ensuite à Cardiff en 1973, Maria s’apprête à passer ses examens quand elle trouve une lettre en réponse à sa mère Edna, une lettre venant de Rome, qui dit « je suis dans l’incapacité de transmettre votre courrier à Daniele Levi (...) car j’ignore où il se trouve » 
 Qui est cette Signora Ravello ? Pourquoi sa mère demande-t-elle des nouvelles de cet homme dont elle n’a jamais entendu parler ?
C’est un tsunami qui s’apprête à dévaster la vie de Maria.

Qu’est-ce qui relie Daniele et Maria c’est ce que le livre vous fait découvrir.

L’auteure choisit d’aborder son roman en alternant les chapitres en 1943 et en 1973, on a Chiara jeune et Chiara âgée qui n’a plus de nouvelle de Daniele depuis 10 ans, une blessure profonde, elle l’aime comme son fils.

L’auteure nous entraîne sur la piste de Daniele, qu’est-il devenu ? Est-il mort d’overdose ? Est-il parti d’Italie ?

J’ai tourné page après page afin de savoir le fin mot de l’histoire, la dernière page le tout dernier paragraphe donne la réponse.
Tout le long Virginia Bailly ménage le suspens en nous narrant la vie de Chiara, Cécilia, Simone, Antonio, Asunta, Maria.
Comment ils ont survécu à la guerre et quelle est leurs vies dans les années 70.
J’ai aimé me balader dans Rome, lire les descriptions de tous ses ponts, ses églises, ses marchés aux senteurs méditerranéennes, le cinéma de Fellini, j’ai redécouvert Rome sur les pas de Chiara et appris un pan de l’histoire italienne que je ne connaissais pas, à part Mussolini je dois dire que je ne connais pas grand-chose. 
Je vais y remédier ce roman m’en a donné envie, la passionnée d’histoire qui est en moi a besoin de savoir.

C’est un très bon roman sur le mensonge, le mensonge censé être dit pour protéger, mais est-ce le bon choix ?
Sur l’amour des mères, mais aussi des pères, sur la quête d’identité, c’est l’histoire de deux adolescents a des époques différentes qui soif de vérité.
Vous l’aimerez si c’est cela que vous voulez lire, si c’est un roman sur la Seconde Guerre mondiale que vous attendez vous serez un peu déçu.
Pour ma part j’y ai trouvé mon compte de soif de lecture, le suspens est présent tout au long du roman, il y des moments de fortes émotions, des moments de joie.


« Coeur brisé et briseur de Coeur, un de ces garçons que les filles croient pouvoir apprivoiser »

Tôt, un matin de Virginia Baily - Edition JC Lattès - Roman contemporain/historique - 450 pages, 20,90€- Sorti le 3 mai 2017
mardi 27 juin 2017

[Avis] Ne nous quittons pas de Jacques Expert


Chaque fois qu’un nouveau roman de Jacques Expert sort en librairie, je ne résiste pas à l’appel. J’aime beaucoup son écriture et la façon qu’il a de maintenir le suspens.

Ici, nous sommes dans un registre différents, un roman autobiographique, mais que j’ai tout autant adoré car j’ai retrouvé les ingrédients dans le livre de ce que j’aime chez l’auteur.

Le premier mot qui me vient à l’esprit pour résumer ce roman est : nostalgie.

Grâce à Jacques Expert, j’ai replongé dans mes propres souvenirs d’enfance, le Sud, Valras en août. La nostalgie de l’enfance insouciante, des objets qui, maintenant, sont désuets (les transistors, les billes, le jokari)
L’auteur nous emmène en 1967 alors qu’il a 9 ans. Il est venu, avec sa sœur Martine, passer 15 jours avec son père, leurs parents sont divorcés. 
Leur père est maître nageur saisonnier dans les Landes, à la plage de Vieux-Boucau.
L’auteur m’a émue en racontant les anecdotes sur son père, avec beaucoup de pudeur et de respect il le décrit dans ses bons et mauvais côtés. 
Ce petit garçon vénère son père, je pense, un peu comme tous les enfants de cet âge, mon père ce héros.
Tandis que sa sœur préadolescente n’est pas dupe, « Jacquot » n’y voit que du feu, il pose son regard d’enfant avec la maturité de l’adulte qu’il est aujourd’hui.
Un très bel hommage à son père.

Cet été-là sera le meilleur été de Jacquot auprès de son père, en effet, voila qu’une célébrité vient passer 3 jours sur leur petite plage. Cette célébrité n’est autre que Jacques Brel accompagné de sa femme et de ses 2 enfants. Jacquot passera 3 jours inoubliables en compagnie des 2 enfants lui qui d’habitude n’a que peu de copains de vacances. 
Son père, lui, fera tout pour préserver l’anonymat et la tranquillité du grand Jacques.

J’ai vraiment aimé ce roman, il faut le lire, je pense, à cette époque de l’année. Il est émouvant, mais aussi drôle.
Mention spéciale pour Monsieur Jacques Expert pour son patois belge : j’ai « astruqui » en lisant le jeu de devinette des mots belges. J’ai bin rî plein m'panse.
Vous berdelez bi, vo pa il berdele brinmint. Vous viendrez boire une pinte une fois.


J’ai aimé sans adorer, je l’ai trouvée juste, avec le rebondissement que je n’ai pas vu venir, j’ai vraiment passé un bon moment de lecture avec des pages qui se lisent vite. J’ai senti le sable sous mes pieds, les souvenirs ont ressurgi.
J'ai aimé découvrir ce portrait intimiste d'un auteur que j'adore et, je dirais que sa façon qu'il a de mener les lecteurs en bateau lui viendrait de son père mais là ce n'est que mon avis. 

Ne nous quittons pas de Jacques Expert - Édition Albin Michel - Roman autobiographique/contemporain - 298 pages, 19,50€ - Sorti le 3 mai 2017
lundi 26 juin 2017

[avis] Au fond de l'eau de Paula Hawkins


J’ai lu "La fille du train" de la même auteure il y a quelques mois, j’avais bien aimé l’ambiance qu’elle y instillait, la psychologie des personnages. 
Sans être un coup de cœur, j’avais quelques reproches à lui faire, c’était une bonne lecture.
Je voulais retrouver l’auteure dans son deuxième roman, j’avais peur d’en attendre trop, est-ce qu’il allait être mieux ou moins bien ? C’est le danger quand un premier roman fait autant de bruit (ne regardez pas le film la fille du train je l’ai trouvé mauvais

Revenons à Au fond de l’eau.
Paula Hawkins vous immerge dès la première dans le bassin aux noyées avec la narration de Libby, ensuite les premiers chapitres vous entraînent dans le village de Beckford, nous avons le point de vue de pas moins de plus de 10 narrateurs, sans compter les bons dans le passé ni les chapitres sur le livre de Nel.
Si c’est assez perturbant au début on se laisse complètement entraîner dans le courant des mots, maux de la rivière.
Je dirais même que cette rivière est, elle aussi, un personnage à part entière, tout tourne autour d’elle.

Paula Hawkins relève d’un cran la psychologie de ses personnages, si dans la fille du train c’était un « huit clos » avec des femmes faibles ici c’est le contraire, les femmes sont fortes, elles sont indépendantes.
À l’image de Nel que l’on retrouve noyée, meurtre ou suicide ? C’est ce que nous découvrons au fil des pages, en remontant le fil du courant.
Des femmes qu’on voit évoluer comme la craintive Julia qui change au fil du récit. Louise qui se débat avec la tristesse de la mort de sa fille.
Il y a aussi la jeune Katie décédée de la même façon quelques mois plus tôt, la meilleure amie de Léna, la fille de Nel, la nièce de Julia.
Julia qui ne voulait pas revenir à Beckford, qui ne voulait plus parler à sa sœur pas même au téléphone la voilà obligée de revenir dans la maison au pied de la rivière s’occuper de sa nièce.
Nel, Léna et Julia sont les personnages centraux du livre, à travers elles on approche les autres protagonistes.
La vie de Nel nous est racontée par Julia, qui depuis son retour sur les lieux lui parle tout haut.
Est-elle folle ? Qu’a donc fait Nel pour que Julia lui en veuille autant ?
Léna pourquoi est-elle si froide face à la mort de sa mère et si dévastée de la mort de Katie.

Roman chorale vous avez les points de vue de Louise, Nickie la vieille qui parle aux morts, Helen, Libby, Jeannie, Patrick, Sean, Lauren, Erin, Mark, Josh, Louise, Nel, Julia, Lena.
Paula Hawkins vous entraîne dans les méandres de la psychologie de ses personnages, disséquant peu à peu leurs pensées.
En nous narrant son thriller Paula Hawkins aborde des thèmes forts comme la boulimie, le viol, l’amour mère/fille, le suicide, l’adultère, la folie, la dépression, le suicide.

Le gros point fort de Paula Hawkins c’est l’atmosphère qu’elle instille dans son roman, l’ambiance qu’elle installe peu à peu, si vous aimez les thrillers trépidants ce n’est pas l’auteure qu’il vous conviendra.
C’est tout en lenteur, comme si on suivait les eaux calmes, mais troubles de la rivière.
Il y’a très peu de rebondissements, elle s’attarde surtout à fouiller la psychologie des ses personnages, à immerger le lecteur dans son ambiance.
Même s’il n’y a d’original dans ses écrits c’est son point fort, c’est glauque, angoissant, vous ne savez pas à qui vous fier.
Meurtres ? Suicides ? Vous doutez jusqu’au bout et même quand vous devinez une partie Paula ne vous laissera pas dévier si facilement du cours de la rivière...
Vous plongez dans ce roman, presque en apnée.
Une l’ambiance que j’ai adorée même si j’ai trouvé quelques longueurs au récit au milieu du livre.

Un thriller psychologique efficace qui nous dresse de beaux portraits de femmes, une ambiance parfaite, une lecture addictive (renforcée par les chapitres très courts), immersive dans ce village de Becford qui n’a pas fini de vous livrez tous ses secrets, ses non-dits, son passé et son possible futur.


Je continuerai à lire cette auteure qui n’a pas fini de nous surprendre.

Au fond de l'eau de Paula Hawkins - Édition Sonatine - 416âges, 22€ - Thriller psychologique - Sorti le 8 juin 2017
vendredi 23 juin 2017

[avis] Lucia, Lucia de Adriana Trigiani


Comme chaque fois que je lis un roman de Adriana Trigiani je suis ravie, j’adore son écriture, sa narration, la façon qu’elle a de donner vie à ses personnages.

Nous débutons le roman dans un immeuble à appartement de Greenwich Village, Kit y habite, elle aime son quartier, elle est venue à New York afin de réaliser son rêve : qu’une des pièces de théâtre qu’elle a écrite se joue dans la grosse pomme.
Un jour, elle est invitée à prendre le thé chez une vieille dame, elle s’y rend presque à contrecœur et c’est là que le livre prend vie.
En racontant sa vie à Kit, Lucia nous emmène en 1950 dans Commerce Street, là où elle vit avec ses parents et ses 4 frères.

Lucia est une femme indépendante, déterminée, ambitieuse, très en avance sur son temps.
Elle ne rêve pas de se marier et d’avoir des enfants comme toutes ses amies, mais de faire carrière comme couturière au grand magasin de vêtements sur mesure B. Altman, elle rêve même d’avoir son propre commerce.
Malgré son désir d’indépendance elle rencontrera 2 hommes, Dante et John Talbot, tous les 2 opposés, l’un fils de boulanger italien l’autre « homme d’affaires » fortuné.
J’ai aimé les 2, autant pour leurs qualités que leurs défauts, la fin du livre m’a mis un sourire sur le visage.

« Mon plus gros problème en ce qui concerne le sexe opposé est que je n’ai pas besoin d’un homme pour être heureuse. »

L’auteure nous raconte le New York des années 50 surtout dans le quartier de Little Italy, mais aussi de la 5e avenue. 
À travers la voix de Lucie qui est le narrateur, elle nous raconte les bouleversements d’après-guerre, l’arrivée du prêt-à-porter, l’évolution qui est en marche vers « le plus vite tout de suite »
C’est aussi passionnant de lire l’évolution de la femme, même si ce n’est que le début de l’émancipation, les filles vont désormais à l’université et peuvent prétendre à un salaire comme les hommes.

Le personnage principal du livre est également la famille, la famille Sartori avec Antonio et Maria les parents, Antonio tient la plus grande épicerie italienne de Commerce Street, Maria est la vraie mama italienne, elle s’occupe de ses enfants même s’ils sont adultes maintenant : Roberto, Exodus, Angelo et Orlando, les frères de Lucia. 
Cette famille s’aime, se chamaillent, mais ils sont là les uns pour les autres en cas de coup de dur. La vie n’est pas un long fleuve tranquille.
J’ai une affection particulière pour le papa, Antonio, il aime tant ses enfants, même d’il peut se montrer dur, pas de doute cet homme a un cœur en or, profondément amoureux de son épouse jusqu’à leurs derniers jours

Les parties qui se déroulent dans l’atelier de couture sont délicieuses à lire, il y’a de l’humour amené par le personnage de Delmarr, l’amitié profonde et sincère de Ruth pour Lucia, Violet, Helen les autres amies de l’atelier. Par ces « petites mains », nous côtoyons les célébrités et les riches new-yorkais, les ragots, les bals plus beaux les uns que les autres, la mode.
Les couturiers de Paris qui commence à se faire un nom de l’autre côté de l’océan.

Le mois de vacances en Italie est un passage émouvant du livre, Antonio retourne sur la terre de ses parents, Lucia découvre Rome, Venise, le lecteur aussi par la même occasion.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre, la narration, les protagonistes. 
Tout. 
L’idée que Lucia âgée raconte sa vie à une jeune femme m’a émue, j’aime la transmission entre générations.
J’ai souri, j’ai été émue. 
C’est l’histoire de toute une famille qui nous est racontée à travers Lucia. Les moments de bonheur comme ceux de malheur.

« Toute vie a ses hauts et ses bas. Impossible d’empêcher les coups durs, quant aux bons moments, je pense que c’est juste une question de chance »


J’adore lire des romans sur les Etats-Unis dans les années 50, ce livre m’a comblé. 

Lucia, Lucia de Adriana Trigiani - Édition Charleston - Roman contemporain - 340 pages, 21€ - Sorti le 7 juin 2017
jeudi 22 juin 2017

[Avis] Les dieux du tango de Carolina de Robertis

*Coup de cœur *

Je referme à regret ce magnifique et bouleversant livre de Carolina de Robertis.
Je vais avoir du mal à mettre des mots sur ma chronique tant ce roman m’a émue, m'a portée, lascivement, langoureusement comme le tango.

Nous suivons Leda, jeune fille de 17 ans, elle s’apprête à embarquer pour Buenos Aires afin de retrouver son mari Dante. Époux qu’elle n’a jamais vu. Quand elle arrive après cet interminable voyage Dante est mort, assassiné par un policer. C’est le début du mouvement anarchiste en Argentine.
Leda n’a plus rien, juste le violon de son père qu’il lui a remis comme cadeau de mariage pour Dante.
Elle qui a toujours rêvé de pouvoir jouer du violon n’en a jamais eu le droit, les femmes, ça coud, ça fait la vaisselle, ça s’occupe de la famille il n’y a pas de place pour les loisirs.
C’est une passion brûlante qui dévore Leda. Elle n’en touchera mot a personne.

Seule dans un pays inconnu elle va devoir faire preuve de courage, elle ne veut pas retourner en Italie, dans son petit village des Pouilles. Leda a soif de liberté.
Liberté oui, mais nous sommes en 1920, les femmes n’ont pas ce droit.
Notre héroïne trouvera un moyen de s’émanciper du joug des hommes.

Ce livre est un hymne à la femme, à travers Leda et ses pérégrinations dans Buenos Aires et ses conventillos, fait entendre la voix, l’histoire de nombreuses femmes.
Fausta, Carmen, Mamicita, Rosa, Francesca, La Strega, Palmira, Alma etc. Leurs espoirs déchus, leurs luttes dans ce pays qui n’est pas le leur.
La misère, tant d’hommes et si peu de femmes, elles ne peuvent pas travailler à l’usine. Il ne leur reste que peu de choix.

C’est aussi un hymne au tango et à la musique, du tout premier tango amené par les esclaves africains avec les percussions jusque dans les années 1950 en pleine ascension avec une femme au chant.
Du tango interdit dans la bonne société et finalement accueilli par le monde entier.

"La musique était une flèche qui transperçait les murs les plus épais. La musique faisait oublier les inégalités. La musique transcendait les siècles. C'était le nectar des démons, l'ambroisie de Dieu"

C’est aussi l’histoire, à travers cette danse, de la transmission entre générations : comment une danse, un instrument, une histoire, une anecdote se transmettent de génération en génération sans tomber dans l’oubli. Ils évoluent, mais ils sont toujours présents.
Carolina de Robertis nous montre aussi ce pan de l’histoire qui m’était complètement inconnu, l’Argentine vue comme la tour de Babel pour tous ces immigrés surtout italiens, mais aussi sud-africains, russe.
Un melting pot de nationalités qui ne parle la même langue, mais qui ils ont tous cet espoir de réussir, si ce n’est pas pour eux c’est pour leurs familles restées au pays
À travers les hommes, elle nous raconte l’immigration massive, le nationalisme qui monte doucement.
La terre promise n’est pas celle qu’ils croyaient, la misère est présente, tous luttent pour conserver leur racine, ils sont nostalgiques de leur Italie, qu’ils soient du nord ou du sud, ici c’est la ville, pas de verdure, mais de la pollution et du bruit tout le temps dans cette métropole qui ne dort jamais.

"L'argentine encourageait l'immigration. Ils voulaient des travailleurs."

C’est aussi un roman bouleversant et très émouvant sur l’amour entre deux femmes. Inimaginable à l’époque. Et même pire, susceptible d’emprisonnement.

Un roman complet, on y parle amour, histoire, musique, on entend l’espagnol, l’italien, on traverse Buenos Aires, l’Uruguay, Naples. Posez vos valises et embarquez dans le livre de Carolina, je ne peux que le conseiller.

Il plaira plus aux femmes qu’aux hommes, mais en tout cas chez moi il m’a complètement emportée.
J’ai eu une chanson de tango dans la tête tout au long de ma lecture. C’est un roman féministe, mais sans être trop revendicateur. Il est beau et juste. Il ouvre les yeux sur la condition de la femme, leurs aspirations devant toujours être tuent, elles ne peuvent se réaliser sans mari, une fois mariée c’est lui qui décide.

La plume de l’auteure est poétique, descriptive vous entendez les notes, les sons ; vous sentez les épices et la saleté régnante dans ces bas quartiers de Buenos Aires. Elle est emplie de respect et tolérance. Elle donne un rythme au récit , chaque personnage que nous croisons est un narrateur qui sonne juste, qu'il ait 80 ans ou 15 ans, Carolina de Robertis vous fait entrer dans leur histoire avec facilité. 

Les personnages sont tous attachants, chacun ayant « voix au chapitre » tour à tour narrateur en plein milieu des chapitres chaque protagoniste nous raconte leur enfance jusqu’à comment et pourquoi ils sont arrivés là, leur vie actuelle et pourtant la lecture est fluide tout au long du livre.
J’ai adoré Santiago, j’ai été bouleversée quand j’ai compris l’histoire de Cora, la cousine de Leda, son âme sœur comme elle le dit. Il y a aussi Nestore, El Loro, Joacquim, Arturo, etc.
Leda, notre héroïne, une femme très en avance sur son temps, depuis toute jeune elle aspire à la liberté, liberté de corps et d’esprit.

"Elle ne voulait pas attendre ; si émigrer était la seule façon de repousser les frontières de son monde, alors elle voulait que ce soit tout de suite. (...) Elle voulait bâtir son destin sur la pierre d'un nouveau pays (...)"

" Disparaître de sa propre vie. Réapparaître dans une autre. Une pensée impossible. Et pourtant , s'il y avait un endroit au monde où c'était possible, c'était les Amériques. La terre d'auto-création. Sans racine. La Nouvelle Babel. Bien sûr Buenos Aires avait ses frontières et ses lois. Mais dans une ville si pleine de bruit et d'anonymes, comptant tant d'immigrés aux si nombreuses cultures et langues, des choses folles pouvaient certainement devenir réelles."

Vraiment, je n’ai aucun reproche à donner à ce livre que j’ai aimé de la première à la dernière page. La fin est belle malgré sa tristesse.


La vie tout entière de Leda vous est racontée de ses 17 ans à sa mort, c’est la tango qu’on apprend à travers elle, mais aussi l’histoire de l’Amérique du Sud, de la Seconde Guerre mondiale qui fait rage en Europe,  de Juan et Evita Perõn, la guérilla révolutionnaire en Uruguay jusqu’au décès de Martin Luther King.

Les dieux du tango de Carolina de Robertis - Editions Le Cherche Midi - roman historique/contemporain - 504 pages, 22€ - Sorti le 18 mai 2017
mercredi 21 juin 2017

[Avis] Deux soeurs de Elizabeth Harrower


Voilà un roman qui est paru une première fois, mais l’auteure née en 1928 est vite retombée dans l’oubli.
Réédité en français cette année (son autre roman « avec un certain monde » a été salué par la critique en 2016) j’ai eu envie de le lire.

Si vous lisez ce roman, il faut que vous vous remettiez dans les mœurs de l’époque où ce roman a été écrit sinon vous ne comprendrez pas les réactions des deux sœurs : Laura, l’aînée et Clare la cadette.

Nous suivons donc Laura et Clare, leur père décédé elles doivent quitter leur école de jeunes filles de bonne famille, elles vont habiter avec leur mère dans la banlieue de Sydney.
Stella Vaizey leur mère est agaçante au plus haut point, elle prend ses filles pour des domestiques, se « venge » de leur déchéance comme si Laura et Clare étaient responsables. Elle ne quitte jamais son canapé ou sa chaise longue, disséminant ses ordres.
Laura comprend que la carrière de médecin à laquelle elle se destinait n’est plus qu’un lointain souvenir, elle entame une école de commerce où elle apprend la sténo-dactylo. 
Son certificat en poche elle se met très vite à travailler, elle n’a pas le choix, la subsistance de sa jeune sœur et de sa mère repose sur ses épaules.
Elle est engagée dans une usine dirigée par Felix Shaw, un homme 20 ans plus âge que Laura mais pas méchant avec ses employés, on peut même dire qu’il est généreux et juste.
Quelques années plus tard, leur mère décide en plein milieu de la Seconde Guerre mondiale de retourner en Angleterre, après tout ses filles sont grandes et se débrouilleront bien seules.
Félix Shaw propose alors à Laura de l’épouser
Laura ne connaît rien de la vie, elle a quitté son école de jeunes filles pour ensuite travailler à l’usine et chez elle, elle n’a pas de loisirs, pas d’amies, elle ne sort jamais.
Après réflexion elle se dit qu’après tout Félix n’est pas méchant, il a toujours été un patron gentil et il propose de prendre en charge les frais de scolarité de Clare, de quoi les mettre à l’abri.
Laura ne sait pas encore qu’elles les emmènent tout droit dans la gueule du loup.

Très vite le véritable caractère de Félix Shaw se révèle tout autre que ce qu’il avait montré jusqu’à présent.
Il est cruel, violent, rabaissant sans cesse les 2 femmes, il a besoin de son auditoire chaque soir, son harem comme il le dit en rigolant.
Laura la plus sage des 2 sœurs accepte son sort, elle se dit qu’un jour ou l’autre Félix changera, Clare, elle, est différente elle se révolte, elle fait part de ses angoisses à sa sœur, elle aspire à une autre vie mais obéit quand même à sa sœur et Félix.

Ce roman est terrible, à chaque chapitre on plonge de plus en plus dans la psychologie des personnages et des mœurs des années 40-50, il faut vraiment garder ce fait à l’esprit quand vous le lirez, car sinon vous ne comprendrez pas les réactions des personnages et surtout de Laura.
Au fil du roman, Laura est comme aliénée par Félix, vous avez envie de la secouer, qu’elle ouvre les yeux, qu’elle crie ou parte très vite de sa jolie maison, mais où règne l’horreur.

J’ai trouvé quelques longueurs à certains moments, mais sinon c’est un roman remarquable du côté de la psychologie des protagonistes. Une fine analyse de la société, noire, certes, mais juste.

L’auteure joue avec vos nerfs, vous êtes pris d’empathie pour Laura et Clare, vous détestez ce type fou, vous vous demandez comment il va réagir, il rigole et d’un coup sans savoir pourquoi il explose.

Une auteure à découvrir, un roman noir psychologique que vous aimerez si vous vous plongez dans l’époque.

Il m’a révolté, j’ai aussi pensé à toutes ces femmes pour qui ce n’est pas un roman, car oui, on a évolué depuis, mais c’est un sujet qui je trouve est encore tabou, surtout quand on en est victime.

Deux soeurs de Elizabeth Harrower - Édition Rivages - Roman noir, psychologique - 334 pages, 22,50€ - Sorti le 29 avril 2017. 
mardi 20 juin 2017

[Avis] Ne dis rien à papa de François-Xavier Dillard


Attention Page-turner hautement addictif.

Le moins que l’on puisse dire c’est que François-Xavier Dillard vous plonge directement dans l’horreur.
Le premier chapitre commence sur une personne enterrée vivante, elle ne sait plus qui elle est ni où elle est, elle vit 4 jours parmi les cadavres de sa famille.
Ensuite, nous passons à Fanny, Mickael et leurs jumeaux Arno et Victor, Fanny est une fleuriste réputée de Paris et Mickael un peintre renommé.
La cinquantaine entamée ils règlent leur vie autour de leurs enfants maintenant que leurs affaires fonctionnent bien, ils peuvent se permettre de moins travailler.
On ouvre un autre chapitre sur le commissaire Dubois à l’enterrement de sa mère, il reçoit un SMS, un chirurgien plasticien qui opérait les stars a été assassiné avec un acharnement bestial dans son cabinet. Il est rejoint sur la scène du crime par son collègue Michaud.

François-Xavier Dillard délivre au gré de ses chapitres des pièces de puzzle qu’il vous faudra assembler pour comprendre comment toutes ces personnes peuvent être liées.
De Brisbane à Paris l’auteure vous plonge au cœur de l’horreur, vous incitant à toujours lire plus, on veut comprendre.

Les chapitres courts, mais denses en émotion donnent un rythme effréné au récit.

Que dire des personnages, ils sont tous très bien décrits dans leur psychologie, peu à peu on comprend toutes les implications, les relations.
Les secrets de famille inattendus, l’atrocité vient d’un des protagonistes auquel on ne peut pas penser au début, peut-on s’attacher à un monstre... oui, j’ai été prise d’empathie du moins j’ai tenté de comprendre les gestes, même si je ne l’explique et que c’est pour moi inenvisageable, inadmissible pour la maman que je suis. Je peux le comprendre sans l’accepter.

François-Xavier Dillard nous offre un Thriller psychologie, nous sommes plongés dans les syndromes post-traumatiques et tout le chaos, la misère, l’horreur, la noirceur qu’il peut en découler s’il n’est pas soigné mais gardé secret.
Il raconte l’amour maternel, mais dans ce qui a de plus noir.

Il aborde aussi le thème de la gémellité avec Arno et Victor, j’ai aimé la relation de ces enfants même si ce n’est pas dans le sens que vous pensez.

Je ne peux rien révéler, il faut absolument que vous le découvriez vous-même.

Si le début avait débuté sur les chapeaux de roue la fin n’a rien à lui envier, les 30 derniers pages nous plongent dans l’horreur, la peur, l’angoisse.
Et cet épilogue : nickel, un beau twist que je n’ai pas vu arriver.

Sans être un coup de cœur absolu, j’ai adoré ce livre.

Si vous aimez les thrillers psychologiques, lisez-le !

Ne dis rien à papa de François-Xavier Dillard - Édition Belfond - Thriller psychologique - 320 pages, 18,50€ - Sorti le 15 juin 2017. 
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